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Mots du Président de l’AJEQ

    Le Comité de sélection, tenu le 1er août 2016, basé sur le résultat des élections des membres du 5ème Conseil d’administration, m’a nommé président de l’AJEQ. Cela m’oblige à reconsidérer l'histoire de l’AJEQ depuis sa fondation du 4 octobre 2008. Dans la première phase, le fondateur et premier Président, le très regretté Yoshikazu Obata a insufflé la vie à l’AJEQ avec ses idées et sa vision. Dans la deuxième phase, la Présidente Kazuko Ogura a consolidé la maison encore fragile en la restructurant ; elle a également contribué à enrichir le Congrès et la Revue (avec Kiyonobu Date, rédacteur en chef), mis sur pied la journée d’études et enfin, fait accroître le nombre des affiliés. Avec plus de cent affiliés (107 à la fin de l’année 2016) et l'amplification de ses activités, l’AJEQ présente un bilan très positif huit ans après sa fondation.
    L’AJEQ semble aujourd’hui entrer dans un nouveau stade, moins mythique, si j’ose dire. Tout n’est d’ailleurs pas rose. Quelques membres actifs et compétents ont pris un congé ne serait-ce que temporaire, ce qui est tout à fait normal ; ils reviendront quand ils seront plus disponibles. Heureusement viennent de nouveaux adhérents et il y en a aussi qui soutiennent leur thèse ou parviennent à trouver un poste titulaire. Le métabolisme fonctionne fort bien à l’AJEQ.
    L’AJEQ multiplie d’autre part des échanges scientifiques internationaux. Rappelons que, lors de la fondation de l’AJEQ, Daekyun Han, Président de l’ACEQ (Association coréenne des Études québécoises) est venu nous féliciter. Les échanges entre les deux associations se sont développés depuis. L’AJEQ apprécie également ses relations intenses avec l’AIEQ (Association internationale des Études québécoises) : depuis 2016, le prix Obata pour la recherche sur le Québec est décerné sous le co-patronage de l'AJEQ et de l'AIEQ avec le financement de cette dernière à laquelle nous exprimons notre plus grande reconnaissance. Nous remercions également la Délégation générale du Gouvernement du Québec à Tokyo pour son soutien inestimable dans nos échanges multilatéraux avec le Québec. Enfin, nous estimons beaucoup la participation régulière de plusieurs de nos membres aux congrès du CIÉF (Conseil international des études francophones).
    Sur ces points qui viennent d’être relevés, il s’avère que l’AJEQ est à un tournant de son évolution. Il me semble qu’il est alors urgent de proposer des occasions, d’un côté, pour donner la parole aux jeunes affiliés et de l'autre, pour promouvoir le dialogue entre chercheurs de disciplines différentes en vue d’ouvrir des perspectives d’études comparatistes, surtout concernant la francophonie ainsi que les régions anglophones environnantes, et cela sans négliger toutefois les études proprement québécoises.
    L’AJEQ présente l'important avantage de réunir des chercheurs de différents domaines, tels que la politique, l'économie, la sociologie, l'histoire, les langues, le féminisme, la littérature, l'art, etc. ; cela lui a permis dans le passé d’organiser des congrès ou des journées d’études sur des thèmes comparatistes tantôt autour de la francophonie, la laïcité, la fédération multinationale, etc., tantôt avec la Belgique, l’Écosse ou d’autres pays. Cette ligne de travail devrait se développer davantage.
    Un des objectifs des études comparatistes consisterait à mieux présenter les thèmes québécois dans une perspective appropriée au Japon. Le Québec est à l’heure actuelle une province, certes importante du Canada. Pour la plupart des Japonais, il n’est pourtant pas facile de la distinguer nettement des autres provinces canadiennes et encore beaucoup moins facile de comprendre les raisons pour lesquelles les Québécois considèrent le Québec comme une nation distincte. Les études comparatistes nous aideront à éclairer le public japonais sur le Québec dans des contextes propres au monde actuel.
    Ceci dit, il va sans dire que les études proprement québécoises prévalent sur tout. On n’en finit pas de s’interroger sur cette population francophone qui a su « survivre » en dépit de son passage du statut de colonie française à celui de colonie britannique et générer au-delà de toute attente son univers culturel propre de langue française non assimilable ni à celui de la France métropolitaine, ni à celui du Canada anglophone. Le Québec nous incite à écouter sa voix et palper son nationalisme ou son patriotisme évoluant tout au long de son histoire ainsi que ses expériences inédites accumulées au cours de ces mouvements politico-socioculturels qu’a été la Révolution tranquille. Il nous offre ses nouveaux produits artistico-culturels transnationaux qui pourraient être représentés entre autres par le Cirque du Soleil, Robert Lepage, sans oublier ses ballets, sa musique et sa littérature migrante : ces éclats culturels nous tentent à mesurer le métissage mondial dont rien ne pourrait empêcher le processus, même si l’on n’ignore pas les ravages de la mondialisation. Le Québec, justement avec sa spécificité incomparable, nous fournit un cas stimulant pour la recherche scientifique portant sur le métissage culturel, le nationalisme, le (post)colonialisme, les problèmes linguistiques, l'immigration, les art modernes, etc.
    L’AJEQ ne devrait donc pas s’enfermer dans une étude régionale au sens étroit du terme comme les Québécois ne le font pas du fait qu’ils sont toujours exposés à ces environnements d’Amérique. À l’instar d’un exemple, on pourrait se référer à la Genèse des nations et cultures du nouveau monde de Gérard Bouchard. Dans ce livre, le Québec est au centre du travail de l’auteur mais sa méthode comparatiste englobe de vastes régions, appelées « collectivités neuves », tels le Mexique, l’Australie et d’autres pays. La contribution scientifique de ce travail est trop exceptionnelle pour être un modèle de tous les chercheurs. Il faut reconnaître qu’il ne nous est pas facile de maintenir notre curiosité intellectuelle à la hauteur de cet ouvrage. De surcroît, sa démarche n’est évidemment pas la seule qui soit applicable pour toute étude. Mais nous pourrions tout de même y voir un phare. Disons que cet ouvrage nous oriente vers une intention au sens que donne à ce mot Édouard Glissant dans son essaie Intention poétique. Ce qui n’empêche pas d’ailleurs chacun de mener sa recherche bien délimitée en adoptant une méthode qui lui conviendrait à condition de garder un regard bien ouvert.
    L’AJEQ a pour tâche de travailler comme catalyseur tout en respectant des recherches diverses et variées.
         
                       Hidehiro Tachibana
                       À Tokyo, le 28 décembre 2016.